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Production d'or : l’Afrique du Sud résiste dans une industrie continentale en recomposition

Production d'or : l’Afrique du Sud résiste dans une industrie continentale en recomposition

Malgré des décennies de recul de sa production, l'Afrique du Sud reste une puissance aurifère. Pendant que d'autres grands producteurs africains enregistrent des trajectoires fluctuantes d’une année à l’autre, la nation arc-en-ciel affiche

une certaine stabilité, et même des signes de croissance.

La compagnie West Wits Mining a annoncé la cession de son actif australien Mt Cecelia pour concentrer ses ressources sur son projet Qala Shallows, dans le bassin du Witwatersrand en Afrique du Sud. C’est une décision à contre-courant de celle de certains géants sud-africains, à l’instar d’AngloGold Ashanti qui, depuis 2020, n'exploite plus aucune mine dans le pays et de Gold Fields qui a réduit sa présence à un seul actif.

Face aux ambitions de poids lourds du continent, Qala Shallows, première mine d'or souterraine annoncée en Afrique du Sud depuis plus de quinze ans, symbolise la résilience d'un secteur aurifère qui n'a pas dit son dernier mot. La nation arc-en-ciel a produit environ 88,5 tonnes d'or en 2025, en recul de 1,9 % par rapport à l'année précédente selon le Minerals Council. Un chiffre qui contraste avec les 605 tonnes enregistrées en 1990, et plus encore avec le pic d'environ 1000 tonnes atteint en 1970.

Le déclin tient à des causes structurelles, notamment la profondeur croissante des gisements, les difficultés du secteur électrique et la hausse des coûts de l'énergie.

Plusieurs projets témoignent néanmoins d'un regain d'intérêt. Outre Qala Shallows, où une production initiale de 70 000 onces est attendue par an avant une progression jusqu'à 200 000 onces, Theta Gold Mines prévoit de mettre en service sa mine TGME d'ici début 2027, avec une capacité de 160 000 onces par an sur les cinq premières années.

Sibanye-Stillwater envisage quant à lui de prendre d'ici mi-2026 une décision finale d'investissement pour le projet Burnstone, suspendu en 2021, et qui peut livrer environ 140 000 onces par an sur 25 ans.

Un peloton de tête aux trajectoires contrastées

Le Ghana, qui détient le leadership continental depuis 2018, a vu sa production d'or atteindre 6 millions d'onces en 2025 selon la Chambre des Mines du pays citée par Reuters, contre 4,8 millions en 2024. Cette performance est portée en grande partie par l'essor du segment artisanal, dont la contribution a bondi de 1,9 à 3,1 millions d'onces à la suite de profondes réformes sectorielles, tandis que les mines industrielles ont maintenu une contribution stable à 2,9 millions d'onces. 

Accra vise 6,5 millions d'onces en 2026, soutenu notamment par l'entrée en première année pleine d'exploitation d'Ahafo North, de l'américain Newmont, dotée d'une capacité annuelle de 275 000 onces. Le Burkina Faso a quant à lui annoncé une production supérieure à 94 tonnes en 2025, en bond de plus de 30 tonnes par rapport à sa production officiellement déclarée en 2024. Ce record s'explique avant tout par l'essor de l'exploitation artisanale, dont la contribution a atteint un niveau inédit à 42 tonnes.

A l’inverse, son voisin malien a connu une trajectoire totalement différente. Classé deuxième producteur africain en 2024 avec 100 tonnes selon le World Gold Council, il a vu sa production industrielle reculer de 22,9 % pour s'établir à 42,2 tonnes en 2025. Cette baisse est principalement attribuée au bras de fer entre l'État et Barrick Mining autour du complexe de Loulo-Gounkoto, la plus grande mine d'or du pays. Un accord entre les deux parties, conclu fin novembre 2025, a permis une reprise des opérations cette année.

7e producteur africain avec 58 tonnes en 2024 selon le World Gold Council, la Côte d'Ivoire affiche une croissance ininterrompue depuis une décennie. Le pays ouest-africain mise sur plusieurs nouvelles mines en construction, dont Koné, prévue pour entrer en production d’ici 2027 avec jusqu'à 349 000 onces par an, pour rejoindre à terme le peloton de tête. D'ici 2030, Abidjan ambitionne une production surpassant celle de l’Afrique du Sud ces dernières années, autour des 100 tonnes.

La situation du Soudan est la plus fragile. Cinquième producteur africain en 2024 avec 73,8 tonnes selon le World Gold Council, le pays est déchiré par une guerre civile depuis avril 2023. Il a produit environ 70 tonnes en 2025, selon le ministre des Finances Gibril Ibrahim, mais une part significative des volumes reste acheminée via des circuits de contrebande.

La vraie mesure de la performance

Derrière les chiffres de production, chaque pays porte ses propres fragilités. Au Ghana, une réforme des redevances minières portant le taux maximal à 12 % contre 3 à 5 % actuellement pourrait peser sur des projets, selon le président de la Chambre des Mines ghanéenne Kenneth Ashigbey. De quoi potentiellement affecter la contribution future attendue de nouvelles mines. 

En Côte d'Ivoire, la montée en puissance dépendra aussi d'une meilleure régulation du secteur artisanal, dont la production non déclarée est estimée entre 30 et 40 tonnes par an par l'ONG SWISSAID. Au Burkina Faso, le maintien du rythme record de 2025 sera déterminé par la poursuite des efforts de formalisation du secteur artisanal et l'attractivité du pays auprès des investisseurs. Le nationalisme des ressources qui y prévaut a déjà conduit certaines compagnies à s'orienter vers d'autres juridictions.

Au Mali, l'accord avec Barrick doit encore se traduire en volumes réels sur l'ensemble de 2026. Quant au Soudan, la normalisation de la production passe d'abord par la fin du conflit. Pour l'Afrique du Sud, dont la production oscille autour d'un plancher stable depuis plusieurs années, la comparaison avec ces trajectoires plus volatiles est finalement moins défavorable qu'il n'y paraît.

Mais dans tous ces pays, la question centrale reste la même : dans quelle mesure les tonnes de métal jaune extraites chaque année profitent-elles réellement aux populations et participent-elles au développement économique du continent ? C'est à cette aune, plus qu'à celle des classements, que se mesurera le véritable succès de l'industrie aurifère africaine.

Emiliano Tossou

Edité par : Feriol Bewa

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